4 mars 1926 : première taxe de stationnement sur les auto, à Bayonne
Il y a 100 ans, Bayonne prend une décision qui choque : le stationnement devient payant. Deux francs la journée, un abonnement à l’année, et une ville qui ouvre la voie à une pratique devenue incontournable dans presque tous les centres-villes.
Dans les années 1920, l’automobile s’installe peu à peu dans les villes. À Bayonne, les rues se remplissent, on se gare partout et le centre-ville finit par ressembler à un immense parking. En 1926, face à cette situation, le maire de l’époque, Joseph Garat, décide d’agir en instaurant une taxe de stationnement dans certaines rues de la capitale du Labourd. Une idée simple mais révolutionnaire.
La mesure, alors jugée audacieuse, rend le stationnement payant : deux francs pour la journée, avec la possibilité de souscrire un abonnement annuel. Par cette décision, Bayonne ouvre la voie à une pratique qui deviendra, par la suite, courante dans la plupart des centres-villes.
Le tout premier parking payant venait de naître
Arrêté du 4 mars 1926
Le maire Joseph Garat publie un arrêté le 4 mars 1926, qui s’appuyait sur la délibération du conseil municipal du 31 juillet 1923 et sur la loi du 5 avril 1884
4 mars 1926 : « Une taxe de stationnement »
Le Maire de Bayonne vient de prendre l’arrêté ci-dessous :
Vu la délibération du Conseil Municipal du 31 juillet 1923 approuvée par M. le Préfet le 4 novembre 1925 ;
Vu la loi du 5 avril 1884 ;
Vu les décrets du 31 décembre 1922 et du 12 septembre 1925 ;
Vu l’art. 471, paragraphe 10 du Code Pénal ;
Arrête :
- Art. 1er. — Il est créé une taxe de stationnement sur tous les véhicules utilisant en des lieux désignés ci-dessous, une portion de la voie publique.
- Art. 2. — Cette taxe est fixée à deux francs par véhicule et par jour.
- Art. 3. — l.es propriétaires de véhicules, domiciliés à Bayonne pourront contracter un abonnement annuel moyennant le versement d’une somme forfaitaire et indivisible de trente-six francs.
- Art. 4. — Les lieux de stationnement autorisés, donnant lieu à la perception de la taxe sont :
- — Grand Bayonne :
- rue Port Neuf, côté impair (une rangée de véhicules) ;
- rue Lormand, entre la rue Port-Neuf et la ruelle Gardin, côté impair (une rangée de véhicules) ;
- rue Lormand, entre la rue Port Neuf et la rue Militaire côté pair (une rangée de véhicules) ;
- rue de la Mairie, côté impair (une rangée de véhicules) ;
- rue Thiers, stationnement axial (deux rangées de véhicules).
- — Petit Bayonne :
- Rue Frédéric Bastiat, entre la Place du Réduit et le Jardin Public, côté de la Poste (une rangée de véhicules).
- — Saint-Esprit :
- place St-Esprit, entre le Boulevard Alsace-Lorraine et la rue Ste-Catherine, côté de la place (une rangée de véhicules) ;
- boulevard Alsace-Lorraine, entre la place St-Esprit et la place de la Course, côté pair (une rangée de véhicules).
- — Grand Bayonne :
- Art. 5. — Les lieux de stationnement autorisés, non soumis à la perception de la taxe, sont les suivants :
- — Grand Bayonne :
- place du Château Vieux ;
- rue de l’Evêché ; côté du Château Vieux, entre la place Jacques Porte et la place du Château Vieux ;
- place Jacques Porte (côté de la place, une rangée de véhicules) ;
- rue Vainsot, entre la rue Lormand et le Temple Protestant, des deux côtés (une rangée de véhicules) ;
- Rue Militaire, entre la rue Lormand et le Temple Protestant, de chaque côté (une rangée de véhicules) ;
- — Petit Bayonne :
- allées Bouflers, entre le Jardin Public et la grille, côté Adour (une rangée de véhicules) ;
- rue Jacques-Laffitte, côté impair (Musée Bonnat) entre la rue Bourg-Neuf et la rue Frédéric Bastiat (une rangée de véhicules).
- — Saint-Esprit :
- rue de l’Esté, côté place de la Course (une rangée de véhicules) ;
- boulevard Alsace Lorraine, côté place de la Course exclusivement (une rangée de véhicules).
- — Grand Bayonne :
- Art. 6. — Les autobus effectuant le transport en commun sont autorisés à utiliser les emplacements ci-désignés :
- Autobus effectuant des services réguliers et périodiques entre Bayonne, la région landaise et le Pays Basque : Jardin Public des Allées Boufflers dans l’allée qui prolonge les Allées Boufflers et contre la grille de clôture du Jardin (côté de l’Adour).
- Autobus effectuant les mêmes services entre Bayonne et l’Espagne par les cols du Pays Basque : rue Militaire derrière les bâtiments des écoles primaire et supérieure de garçons.
- Autres autobus servant au transport des voyageurs et des marchandises, desservant la région avoisinante : 1. place St-André ou de l’Arsenal, et sur la droite dans le prolongement de la rue Pannecau vers la porte de Mousserolles ; 2. sur la voie prolongeant la rue Marengo vers l’Eglise St-André, sur la gauche dans la direction de la porte de Mousserolles.
- Les autobus effectuant les services réguliers entre Bayonne et Le Boucau continueront à stationner dans la rue Hugues, à droite, contre le mur de l’Eglise St-Esprit.
Une idée qui choque, un modèle qui s’impose
Évidemment, les automobilistes crient au scandale. Payer pour se garer sur la voie publique semble impensable.
Le journal L’Auto parle d’une « ville mendiante » et raconte des situations absurdes : un homme arrêté quelques instants avec sa femme malade, des touristes verbalisés en déchargeant leurs bagages. Malgré les protestations, l’idée fait son chemin.
1971, la généralisation
Comme on l’a vu, c’est à Bayonne que l’on paie pour la première fois le stationnement. L’idée va ensuite se répandre progressivement : à l’aéroport du Bourget en 1960, à Nice en 1967, puis à Paris en 1968, avant de se généraliser dans toute la France en 1971.
Pour payer, le parcmètre
Le 16 juillet 1935, le premier parcmètre apparaît à Oklahoma City, aux États-Unis. Donc, près de 10 ans après la mise en place de cette taxe bayonnaise.
On imagine la tête des premiers utilisateurs. En tous cas le système séduit les pouvoirs publics puisque 4 ans plus tard, en 1939, 100 villes américaines ont installé des appareils, et en 1945 il y a déjà 200 000 parcmètres aux États- Unis.
Depuis, le stationnement payant s’est installé presque partout.
Voici ce que rapporta la presse locale :
23 avril 1926 : « La taxe de stationnement des autos. Les plaintes des commerçants et les deux thèses. A Bayonne »
On a vu que des commerçants de Bayonne continuent de protester contre la taxe de stationnement imposée aux automobiles qui stationnent dans certaines rues de Bayonne. Ces protestations sont déjà parvenues à certains de nos confrères sportifs de Paris, qui ont pris fait et cause pour les automobilistes. L’Auto classe Bayonne parmi les villes mendiantes, dont il fit déjà une liste.
Hier notre confrère a publié un cliché représentant un réverbère de la rue Thiers, portant la fameuse pancarte : « Emplacement payant ».
D’autre part, l’Auto, dimanche, a publié l’entrefilet que voici : « On ne cesse de protester contre la taxe sur le stationnement des automobiles, on peut constater que ce sont toujours les mêmes soit sous la forme de Syndicat, ce qui fait deux protestations pour les mêmes protestataires, ceci pour faire croire que l’unanimité des commerçants Bayonnais est liguée contre cette taxe. Cette façon est par trop naïve pour que l’on y prête attention. »
Il paraît que les commerçants des alentours des halles, du Petit Bayonne et même de Saint-Esprit, ceci après enquête, voient leur chiffre d’affaires maintenu et pour certains même augmenté ; il y a là une contradiction avec les protestataires « mandatés par leur Syndicat » que nous ne comprenons pas ; peut-être que la clientèle cherche à s’approvisionner chez les commerçants moyens pour des motifs que nous ne cherchons pas à approfondir ? Je n’ai pas encore vu un automobile s’arrêtant devant un magasin pour faire des achats être sollicité de payer la taxe de stationnement ; je crois que l’on a exagéré et que encore aujourd’hui on exagère, les motifs sont compréhensibles, on ne cherche qu’à paralyser tout ce que fait et fera la Municipalité.
Eh ! bien, Messieurs les protestataires réunissez-vous comme vous savez le faire et décidez que vous allez indemniser la Ville de Bayonne du montant approximatif qu’elle compte retirer de cette taxe : là vous serez logiques, car vous savez que si vous voulez que vos rues et avenues soient entretenues, il faut des ressources et ces ressources ne peuvent venir que des usagers de la route… ou alors, Messieurs les protestataires, voilà la question placée sur son vrai terrain.
D’ailleurs, n’oublions pas que la taxe s’applique uniquement à ceux qui se servent de nos rues comme garage ; on ne l’exige point de ceux qui, pour une raison quelconque s’arrêtent quelques instants pour repartir dans les délais normaux. De plus, les endroits où le stationnement est gratuit ne manquent pas.
Or, les maraîchers, les blanchisseuses etc…, rentrant en ville avec leur attelage pour y porter les denrées nécessaires à l’alimentation et le linge, payent un droit d’entrée et de stationnement, pourquoi les promeneurs en automobile seraient-ils exempts de la même taxe, par ce qu’ils viennent ici pour leur plaisir et que les maraîchers et blanchisseuses viennent pour y apporter leur travail et en percevoir le fruit, ce serait donc injuste vis-à-vis de la classe des travailleurs. La Municipalité sur cette question aura l’approbation générale de la classe ouvrière, or ils sont plus nombreux que les négociants protestataires.
Comment se passait concrètement le paiement en 1926* ?
- Le ticket papier (La quittance) : Le conducteur ne payait pas à une borne, mais directement à un agent qui sillonnait les places de stationnement (notamment autour de la place de la Liberté ou des halles). En échange d’une somme modique (quelques sous ou francs de l’époque), l’agent remettait un ticket de quittance papier.
- L’affichage sur le véhicule : Ce ticket devait être placé de manière visible, souvent glissé sous l’essuie-glace (qui commençaient à se généraliser) ou fixé sur le tableau de bord, pour prouver le paiement lors du passage d’un contrôleur.
- Le rôle de la Mairie : Dans certains cas, pour les stationnements prolongés ou les abonnements de « commerçants » livrant en centre-ville, le paiement pouvait s’effectuer directement au guichet de la recette municipale à la mairie, qui délivrait alors un macaron ou un titre de stationnement annuel.
- La justification fiscale : En 1926, ce n’était pas encore considéré comme un « service de stationnement » au sens moderne, mais comme une « taxe d’occupation du domaine public ». Le moyen de paiement était donc traité administrativement comme n’importe quelle autre taxe locale perçue en espèces contre un reçu officiel.
* Par Gemini, l’IA de Google
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- 1926 : quand Bayonne invente le stationnement payant Émission : Stéphane Bern, voyage dans le temps
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