Connues depuis la nuit des temps, les résurgences huileuses des forêts du nord de l’Alsace furent utilisées dès le 15e siècle par les apothicaires.
Depuis toujours, les sangliers des Vosges du Nord et de la vallée rhénane savaient se vautrer dans les affleurements huileux du nord de l’Alsace pour se débarrasser de la vermine. Bientôt les hommes voyant ces corps gras flotter à la surface de la source dit « Baechel-Brunn » écopent ces huiles et s’en servent pour lubrifier les moyeux des roues des chariots et pour guérir un peu tout, des maux de dents à l’eczéma et aux plaies purulentes.
La thèse de Jean-Théophile Hoeffel (1734)
Il faudra attendre le 10 octobre 1734 pour qu’un étudiant en médecine, Jean-Théophile Hoeffel, originaire de Woerth dans le Palatinat, formalise dans une thèse de médecine (soutenue à la faculté de Strasbourg) les bienfaits médicinaux de l’huile de Pechelbronn.
Dissertatio inauguralis medica de l’Oleum Terrae Alsaticum (Dissertation médicale inaugurale sur l’huile de terre alsacienne).
L’huile et ses dérivés lui apparaissent comme un remède quasi universel.
Il fait également état d’essais de distillation où, par simple chauffage, il obtient du pétrole lampant ; il invente ainsi ce carburant sans le savoir, n’ayant pas encore décelé son potentiel d’utilisation.
Grâce à la parution de ses travaux, le gisement alsacien et la localité de Pechelbronn — dont le nom germanique signifie « fontaine de la poix » — acquièrent une véritable notoriété à travers toute l’Europe.
L’éveil de Pechelbronn : la naissance de l’industrie pétrolière
La publication de cette thèse marque le point de départ de l’exploitation industrielle du gisement alsacien. Dès 1735, Jean Damacène d’Eyrinis entame les premiers travaux, suivi en 1740 par Louis Pierre Ancillon de la Sablonnière. Cet interprète du Roi auprès des Ligues suisses détenait déjà l’exclusivité de la vente d’asphalte dans la région de Neuchâtel. Fort du succès de son « ciment d’asphalte » utilisé pour le calfatage des navires, il prospecte en France pour étendre sa production et jette son dévolu sur l’Alsace.
Le 11 octobre 1740, il obtient un privilège royal pour exploiter la source Baechel-Brunn (la future Pechelbronn), située au sud de Lampertsloch. Visionnaire, il finance son projet en mettant 40 actions sur le marché dès 1741, fondant ainsi la toute première société pétrolière par actions au monde. Cette antériorité historique fait de Pechelbronn la véritable doyenne du secteur.
Sur le terrain, la technique s’affine : des forages à la tarière permettent d’atteindre, à quelques mètres de profondeur, des filons de sables bitumineux. Dans ce qui constitue la première raffinerie de l’histoire, l’huile est extraite par un procédé de lessivage à l’eau bouillante.
Grâce à la distillation, le site produit alors :
- Des remèdes pharmaceutiques ;
- De l’huile d’éclairage pour les lampes ;
- De la graisse (le fameux « oing noir ») ;
- De la poix.
À cette époque, ces produits sont conditionnés dans des fûts en bois d’une contenance de 159 litres. C’est l’origine du célèbre baril, devenu depuis l’unité de mesure internationale de référence pour quantifier la production et les réserves mondiales d’or noir.
- Dossier d’œuvre architecture IA67080386 (inventaire.grandest.fr) | Réalisé par Schwarz Frank (Contributeur)
- Raffinerie de pétrole Wikipédia (EN)
- Pechelbronn : la doyenne des sociétés pétrolières (lalsace.fr) -D.B. - 06 sept. 2017
- Site du « Musée français du pétrole - Pechelbronn » musee-du-petrole.com
- L’Alsace, pionnière du pétrole (L'Usine Nouvelle) JEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD -
Publié le 25 mars 2014 à 12h14
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