Illustration : Guide Michelin 1900 et Bibendum (© guide.michelin.com)

Le Guide MICHELIN – 1900

L’aventure du Guide Michelin commence en 1900. À une époque où la France ne compte qu’environ 2 500 automobilistes, les frères Michelin profitent de l’Exposition universelle de Paris de 1900 pour proposer un annuaire pratique destiné à accompagner les conducteurs sur les routes de France, voyageant de ville-à-ville. Ce guide pratique deviendra rapidement célèbre sous le nom de « petit livre rouge ».

C’est l’un des plus anciensa et des plus célèbres guides gastronomiques du monde.

Après avoir repris l’entreprise familiale Barbier-Daubrée, fondée en 1832, André et Édouard Michelin entreprennent de la redynamiser. Le 28 mai 1889, ils rebaptisent la manufacture de Clermont-Ferrand « Michelin et Cie ».

Peu après, Michelin met sur le marché un patin de frein en toile et caoutchouc, baptisé « The Silent »a, destiné aux voitures à cheval et aux vélocipèdes. Breveté et présenté lors de l’Exposition universelle de 1889, ce dispositif connaît un succès notable et contribue à relancer durablement l’activité du caoutchouc au sein de l’entreprise16.

1900 : Premier guide rouge MICHELIN (© guide.michelin.com)
1900 : Premier guide rouge MICHELIN (© guide.michelin.com)

Du clou à la victoire : l’audace Michelin

En 1891, après avoir aidé un cycliste anglais venu à l’usine pour la réparation d’un pneu (mis au point par John Boyd Dunlop) qui avait crevé17, Édouard Michelin comprend tout l’intérêt de rouler sur de l’air mais constate que le temps de réparation (plusieurs heures) empêche le développement de cette solution.

Il met au point alors le pneu démontable pour bicyclette, pouvant être réparé en un quart d’heure. Le brevet est déposé le 18 juin 1891, et la même année Charles Terront gagne la course cycliste Paris-Brest-Paris sur un vélo équipé de pneus Michelin. Fort de cette victoire, le 5 juin 1892 la firme organise elle-même une autre course cycliste, Paris – Clermont-Ferrand, sur le trajet de laquelle Édouard Michelin fait semer des clous sans que les concurrents le sachent, afin de démontrer que la réparation du « Démontable » est désormais une opération de routine prenant moins de deux minutes18. Cette course est restée célèbre sous le surnom « course aux clous ».

Le chiffre d’affaires explose et la même année, les pneus Michelin sont distribués pour la première fois à l’étranger, en l’occurrence par l’accessoiriste Boyriven, et rencontrent un succès commercial19.

André et Édouard Michelin, fondateurs du Groupe et inventeurs du Guide MICHELIN (© guide.michelin.com)
André et Édouard Michelin, fondateurs du Groupe et inventeurs du Guide MICHELIN (© guide.michelin.com)

Le « guide rouge », pour voyager

Guide Michelin édition 1900
Guide Michelin édition 1900

L’histoire du Guide MICHELIN débute en 1900.

À cette époque, la France ne compte qu’environ 2 500 automobilisteslorsque les frères Michelin publient le Guide Michelin, bientôt surnommé « le petit livre rouge ».

Conçu pour l’Exposition universelle de Paris de 1900, cet ouvrage accompagne les conducteurs sur les routes de France. Le tout dans un français du début du XX° siècle, avec des mots désuet pour notre siècle, routes véloçables, voituristes, des conseils pour le remisage et le garage des Charmantes voiturettes, des charrettes, limousines, break, duc-tonneau, cabs, milords, victorias, omnibus…

Une bible pour voyager

À une époque où se déplacer en voiture tient encore de l’épopée — routes mal signalées, trajets longs et parfois périlleux —, le guide entend simplifier la vie des voyageursIl rassemble l’ensemble des informations nécessaires au voyage.

Il propose des listes de garagistes et de médecins, des cartes routières et des plans de ville, des renseignements touristiques, ainsi que des conseils pratiques pour entretenir son véhicule, changer un pneu ou s’approvisionner en carburant, sans oublier les adresses pour se loger ou se restaurer, ainsi que les services de poste, de télégraphie et de téléphonie.

Véritable compagnon de route, il informe, oriente et rassure les pionniers de l’automobile.

Pub pour Auto garage Bellecour Lyon, prix des essences et page de droite table des matières. (© chine-et-puces.fr)
Pub pour Auto garage Bellecour Lyon, prix des essences et page de droite table des matières. (© chine-et-puces.fr)
Pub pour Audibert & Lavirotte Lyon et page de droite "Guide Michelin pour les chauffeurset les vélocipédistes" Avant-propos (© chine-et-puces.fr)
Pub pour Audibert & Lavirotte Lyon et page de droite "Guide Michelin pour les chauffeurset les vélocipédistes" Avant-propos (© chine-et-puces.fr)

La route comme levier de croissance

Bien avant de s’imposer comme une référence internationale en matière de gastronomie, il se présente à l’origine comme un livret publicitaire de près de 400 pages, distribué gratuitement.

Tiré à 35 000 exemplaires, « offert gracieusement aux chauffeurs » avec l’achat de pneumatiques, le Guide Michelin illustre le pari visionnaire des frères Michelin : miser sur le développement de l’automobile, et donc favoriser celui du groupe, en améliorant la mobilité des automobilistes.

Pub pour Sté Lyonnaise de Construction d'Automobiles «Rochet & Schneider» (© chine-et-puces.fr)
Pub pour Sté Lyonnaise de Construction d'Automobiles «Rochet & Schneider» (© chine-et-puces.fr)
Illustration : Guide Michelin 1900 et Bibendum (© guide.michelin.com)
  • Format : in-8 (petit-livre)
  • Pages : 399 pages, principalement des cartes en noir et blanc et des listes détablissements utiles (garages, hôtels, épiceries, stations-services)
  • Couverture : en percaline (papier de couverture, généralement épais et souple) rouge, couleur qui est restée constante depuis la première édition
  • Illustrations : cartes routières, quelques illustrations de la route, mais pas de gastronomie à l’époque.

Réédition et collection

Les exemplaires d’origine sont aujourd’hui extrêmement rares : on estime qu’une 30ène seulement subsisteraient dans le monde.

L’édition de 1900 a été réimprimée en fac-similé en 1989 puis en 2000. Ces rééditions se distinguent des versions originales par la mention « réimpression » figurant sur la couverture.

Considéré comme le premier annuaire routier français, l’ouvrage est devenu au fil du temps une pièce de collection recherchée, régulièrement présentée dans des ventes aux enchères spécialisées. Parmi les acquéreurs figurent des collectionneurs, des passionnés liés à l’histoire de l’entreprise ou encore des chefs étoilés, certains choisissant d’exposer l’exemplaire dans leur établissement.

Sur le marché des enchères, un exemplaire a atteint 19 500 € le 20 juillet 2013actualitte.com lors de laConvention internationale des collectionneurs de Michelin (association les Amis du pneumatique), organisée au casino de Royat (Puy-de-Dôme). Un autre, en état exceptionnel, a établi un record mondial le 24 juillet 2025 en étant adjugé 26 500 € (33 549 € frais compris).

L'évolution

Devenir payant

Le Guide MICHELIN devient néanmoins payant en 1920.

L’histoire raconte qu’André Michelin, indigné de découvrir qu’un distributeur de pneus utilise les guides pour caler les pieds de son établi, décide l’année suivante de proposer le guide au tarif de 7 francs puisque « l’homme ne respecte vraiment que ce qu’il paye ».

Spécialisation

C’est aussi en cette année 1920 que la publicité disparaît du guide et que les restaurants et les hôtels apparaissent, accompagnés d’un classement spécifique.

En 1926, la première étoile « de bonne table » voit le jour, complétée en 1931 par la deuxième et la troisième étoile. Dès lors, le Guide MICHELIN est doté de son classement historique.

Il est complémenté, à partir de 1926, par le Guide vert Michelin qui décrit les principales visites et curiosités régionales et locales d’intérêt, ainsi que par les cartes Michelin des routes et d’orientation.

« L'expertise des inspecteurs est devenue au fil du temps la marque de fabrique des Guides MICHELIN »

Inspecteur pour guide, un nouveau métier

En 1933, la création du métier d’inspecteur marque une étape importante dans l’évolution de l’ouvrage, qui affirme alors sa spécialisation dans l’évaluation des établissements hôteliers et des restaurants.

Salariés du groupe, les inspecteurs parcourent les routes afin de sélectionner, chaque année, des adresses classées selon des critères de confort et de prix. Des auberges traditionnelles aux hôtels de grand luxe, des bistrots aux tables gastronomiques, la sélection reflète la diversité de l’offre et s’adresse à des publics variés.

Au fil du temps, la rigueur des évaluations, l’indépendance à l’égard des établissements visités et l’anonymat des inspecteurs se sont imposés comme des principes fondamentaux, distinguant cette publication des autres guides du secteur.

Dès les origines, l'affirmation de l'indépendance du guide. (©MICHELIN)
Dépassant la prédiction d’André Michelin qui écrivait dans la préface du guide de 1900 « Cet ouvrage paraîtra avec le siècle, il durera autant que lui », le Guide MICHELIN reste, plus de cent après sa naissance, un ouvrage essentiel et incontournable pour les voyageurs et les gastronomes du monde entier.

Articles à découvrir