Mise-à-jour le: 17 juin 2020
Accident Feyzin 1966

Accident Feyzin 1966

[…] La raffinerie Elf de Feyzin, mise en service deux ans auparavant, située à la sortie sud de Lyon, jouxtant l’autoroute du soleil, inaugurée peu de temps auparavant, de laquelle on aperçoit les grandes cheminées, les torchères et les immenses cuves de stockage, a été l’objet d’une violente explosion le 4 janvier 1966 qui endeuilla la région lyonnaise et viennoise.

Ce jour-là, trois opérateurs, vers 6h40 du matin, vont faire un prélèvement d’échantillons de gaz dans une des huit cuves sphèriques, de butane et de propane, qui servent à stocker la production de la raffinerie. A la suite d’une fausse manœuvre, une fuite se produit, et ne peut être colmatée. La nappe de gaz s’étend, et va traverser l’autoroute toute proche. L’alerte fut donnée de fermer les routes et autoroute aux CRS et gendarmes. Malheureusement, un chemin départemental qui permet de rentrer sur l’autoroute n’est pas fermé en temps utile. Un travailleur d’une entreprise sous-traitante arrive avec son véhicule, qui échappe aux barrages et, calée dans le nuage de gaz sur la route parallèle à l’autoroute, elle sert de détonateur pour enflammer la nappe de gaz et déclenche l’incendie. Il décèdera de ses brûlures. Le feu remonta jusqu’à la sphère d’où le gaz s’échappe.

Les pompiers arrivèrent de Lyon, puis de Vienne et de toute la région. Ne pouvant éteindre la sphère 443, ils essayèrent au moins de protéger les autres en les refroidissant, en vain. Sur les huit sphères de stockage de propane et butane, trois seulement furent épargnées, grâce au changement d’orientation du vent.

La sphère 443 explosa moins de deux heures après avoir pris feu : le métal surchauffé n’ayant pas résisté, elle s’ouvrit et une mer de flammes engloutit les personnes présentes dans un rayon de 150m. Un champignon de feu et de fumée s’éleva à 600 m de hauteur, pendant des heures. Onze personnes furent tuées sur le coup, et six autres moururent quelques jours plus tard, ainsi que le conducteur de la voiture. Il y eut 88 brûlés graves ou blessés. À partir de là, les autres sphères s’enflammèrent et explosèrent les unes après les autres.

Sphère 443 raffinerie de Feyzin, après explosion

Sphère 443 raffinerie de Feyzin, après explosion


Les secours, mal coordonnés, car dépendant de deux départements, l’Isère et le Rhône, interviennent dans le désordre et paient un lourd tribut à la lutte contre les flammes. On dénombre en effet 18 décès consécutifs à l’explosion de la première sphère ou survenus des suites de graves brûlures, parmi lesquels figurent 11 sapeurs-pompiers des centres de Lyon et de Vienne.

Le pire était à craindre sans la fermeture rapide de l’autoroute, qui avait été mise en service peu de temps auparavant. Tous ceux qui connaissent le site peuvent imaginer l’ampleur de la catastrophe si elle s’était produite avec la circulation que cette autoroute connaît actuellement.

De nos jours, la raffinerie est toujours là, jouxtant l’autoroute. Les services de sécurité ont été rationalisés et mis sous une responsabilité unique, les plans Orsec sont devenus vraiment opérationnels, et la connaissance des techniques de sécurité a fait des progrès considérables. L’explosion a en effet été à l’origine de progrès en médecine, notamment dans les secours aux grands brûlés, et d’avancées en matière de sécurité pour les sapeurs-pompiers et pour l’industrie de raffinage. La prise en compte actuelle des risques industriels à l’échelle de l’agglomération a aussi été traitée. []

Chronologie de la catastrophe

Synthèse issue du compte rendu de l’accident par le ministère chargé de l’environnement.

Le 4 janvier 1966

  • 6 h 35 : Un agent du laboratoire de la raffinerie, un aide-opérateur et un agent de sécurité s’approchent d’un des huit réservoirs de gaz de la raffinerie, la sphère 443, pour y faire un prélèvement de propane. Il y a plusieurs prises d’échantillon sur cette sphère, dont les employés ont remarqué un givrage récurrent par temps froid.
  • 6 h 40 : Le système d’échantillonnage est contrôlé par deux vannes (supérieure et inférieure). L’aide opérateur ouvre de moitié les deux vannes, et rien ne coule. Il se trouve qu’un bouchon de glace s’est formé entre les deux, ce qui a pour effet de faire augmenter la pression. Quelques secondes plus tard, le bouchon rompt, et le propane jaillit brusquement.
  • 6 h 50 : Pendant dix minutes, les trois employés tentent de refermer la vanne inférieure, en vain. Ils donnent alors l’alarme interne. Sans vent et avec une température assez basse, une nappe de propane d’un mètre d’épaisseur se forme petit à petit au ras du sol (le propane, dans ces conditions, est plus dense que l’air). Cette nappe s’approche de l’autoroute A7 qui est dans le même temps en cours de fermeture par des employés de la raffinerie, ainsi que la route départementale n°4 (RD4).
  • 7 h 00 : Alors que les employés réussissent à joindre la gendarmerie vers 7h05, un camion pénètre dans la nappe de gaz car le chauffeur n’a pas vu les barrages improvisés de la RD4, il ne l’enflamme cependant pas.
  • 7 h 15 : Une voiture essayant d’accéder à la RD4 par une voie perpendiculaire ne voit pas les signes d’un des gardes de la raffinerie. Elle s’arrête à 160 m à l’est de la sphère 443, et enflamme la nappe de gaz probablement en raison de la chaleur provoquée par le frottement des freins.
  • 7 h 16 : L’incendie remonte jusqu’à la sphère 443 et la fuite de propane liquéfié en dessous du réservoir s’enflamme provoquant un violent chalumeau (le propane n’a pas encore le temps de s’évaporer et est toujours liquide).
  • De 7 h 16 à 7 h 20 : Les premiers secours (pompiers de la raffinerie) arrivent par petites unités, différents dispositifs de refroidissement de la sphère 443 ainsi que de ses voisines (442 et 463) sont enclenchés.
  • 7 h 20 : Les pompiers sont alertés par un riverain à 7 h 19, les systèmes d’arrosage des autres sphères sont aussi enclenchés.
  • 7 h 30 : Les pompiers arrivent, et un manque d’eau se fait sentir. On tente donc un pompage dans le Rhône.
  • 7 h 45 : La soupape de sécurité de la sphère 443 s’ouvre, et crée un torchère de dix mètres de haut, c’est le début de l’effet Bleve, encore inconnu à l’époque. À partir de là, les pompiers pensent que la situation va s’améliorer du fait de la baisse de pression et arrêtent d’arroser la sphère 443 ; ils refroidissent seulement les autres.
  • 8 h 05 : Certaines équipes pensent à un repli des pompiers.
  • De 8 h 15 à 8 h 30 : Les pompiers (ceux de Lyon et de Vienne venus en renfort) tentent plusieurs techniques de refroidissement.
  • 8 h 45 : La sphère 443 explose par effet Bleve, formant une boule de feu de 250 m de diamètre et de 400 m de hauteur.
  • 8 h 55 : L’ordre d’arrêt d’urgence de toute activité est donné. Évacuation du personnel ayant survécu à l’explosion.
  • 9 h 30 : Une autre sphère de propane voisine de la 443 explose aussi par Bleve.
  • De 9 h 40 à 10 h 30 : Trois autres sphères de stockage contenant cette fois du butane s’ouvrent sous l’effet de la chaleur des deux explosions précédentes. Elles n’explosent toutefois pas.
  • À 10h10, le plan ORSEC est déclenché. Par la suite, deux autres réservoirs cylindriques se sont enflammés, ainsi que quatre bacs de carburéacteurs et un réservoir de supercarburant.
  • Le 5 janvier 1966

    Il aura fallu 24 heures pour lutter contre l’incendie avant de pouvoir lever l’alerte le 5 janvier 1966 au soir.

    Source : Wikipédia
    Etat des sphères de GPL Feyzin

    Etat des sphères de GPL Feyzin


    Vidéo de l’accident (muette, durée 4 minutes).

    Auteur : M. / Mme CASCARET

    Créateur du site.
    Actuel technicien Tokheim et anciennement chez Lantzerath.

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